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En Afrique du Sud, la légalisation ne profitera-t-elle qu’aux riches ?

L’Afrique du Sud est en pleine transition au sujet du cannabis. Considéré comme le troisième pays le plus riche du continent derrière le Nigeria et l’Égypte, la « nation arc-en-ciel », des mots du Prix Nobel de la Paix Desmond Tutu, a longtemps mené une politique très dure à l’égard du cannabis. Une forme de prohibition qui n’a pas empêché la culture de cannabis d’exister, notamment dans les provinces du Cap-Oriental et du KwaZulu-Natal. Mais les choses semblent vouloir changer.

En effet, en 2018, une décision historique a eu lieu : la dépénalisation de l’usage privé, de la possession et de la culture du cannabis. Une porte entrouverte pour les petits consommateurs, uniquement dans le cadre privé. Car la culture à grande échelle reste illégale, alors qu’elle fait vivre des dizaines de milliers de personnes chaque année, notamment dans les régions précédemment citées où faire pousser du cannabis est presque une tradition.

La culture de cannabis pour seule source de revenus

La BBC a rencontré ces producteurs dans la région du Pondoland du Cap-Oriental. Ici vivent de nombreuses communautés rurales qui tirent du cannabis « une source vitale de revenus », écrit le média anglophone. « Tout le monde ici en cultive, c’est comme ça qu’ils gagnent leur vie », explique Greek Zueni, qui milite localement pour une légalisation. Dans des champs de cannabis, de nombreuses petites mains récoltent le fruit de leur travail.

Côte sauvage - Pondoland - Afrique du Sud
Côte sauvage du Pondoland – Afrique du Sud

Nontobeko, qui a « appris à cultiver le chanvre à l’âge de huit ans », raconte son quotidien. « Le cannabis est très important pour nous car c’est notre moyen de subsistance et notre source de revenus. Tout ce que nous obtenons, nous l’obtenons en vendant du cannabis. Il n’y a pas de travail, nos enfants sont juste assis ici avec nous ». Et même si ces cultures bénéficient d’une certaine tolérance, elles restent illégales à cette échelle. D’ailleurs, Nontobeko n’est pas le vrai nom de cette femme, qui a préféré prendre un pseudonyme face à la presse.

En Afrique du Sud, des licences trop chères réservées aux riches ?

Dans les deux provinces du Cap-Oriental et du KwaZulu-Natal, on estime à 900 000 le nombre de petits agriculteurs de ce genre. Alors, quand le président Cyril Ramaphosa a récemment annoncé que l’Afrique du Sud se devait d’exploiter l’industrie du cannabis, ces derniers ont espéré qu’ils feraient naturellement partie de l’aventure. Avec un marché représentant potentiellement plusieurs milliards de dollars, la possible création de 130 000 emplois et le savoir-faire de ces populations rurales, le chemin semblait tout tracé.

Mais aujourd’hui, elles se sentent « laissées pour compte ». « Le coût de l’obtention d’une licence pour cultiver du cannabis est tout simplement trop élevé pour beaucoup », écrit la BBC. « Le gouvernement doit changer son approche et proposer des lois qui soient favorables aux cultivateurs et aux citoyens. Pour l’instant, les personnes qui ont des licences sont des gens riches », regrette Greek Zueni.

Pour un meilleur partage du gâteau

Si Greek Zueni est aussi amer, c’est aussi parce que le gouvernement a récemment évalué l’industrie locale du cannabis, « qui a largement opéré dans l’ombre », à près de 2 milliards de dollars. Et l’ambition de l’État d’Afrique du Sud, c’est la compétitivité sur le marché mondial, avec donc des produits contrôlés et légaux.

« Le gouvernement devrait aider les communautés à cultiver pour qu’elles puissent être compétitives sur le marché mondial. Nos produits poussent facilement et de manière organique. Nous ne sommes pas jaloux, les riches doivent aussi venir, mais s’il vous plaît, aidez les plus pauvres des pauvres », implore Greek Zueni.

Des cultivateurs « laissés pour compte » qui gardent espoir

Certaines sociétés tentent de prendre les devants. Labat Africa Group, dans le domaine du cannabis médical, a acheté le producteur Sweetwater Aquaponics, situé au Cap-Oriental. Le directeur du groupe s’explique : « Ce que nous voulions réaliser avec notre licence, ce n’est pas seulement cultiver du cannabis médicinal, mais aussi utiliser cette licence pour en faire profiter tout le monde dans la province du Cap-Oriental ».

Il admet sans détour que « les cultivateurs plus traditionnels ont été laissés pour compte au fur et à mesure que la législation sur le cannabis progressait » et reconnait que « la région de Pondoland était synonyme de fourniture de cannabis dans toute l’Afrique du Sud ». Mais avec une licence à plus près de 1500 dollars et des frais de mise en place d’une installation de cannabis médicinal de 200 000 à 300 000 dollars, ces populations ont d’office été exclues.

En attendant un meilleur partage du gâteau, les agriculteurs du Pondoland chouchoutent leur souche locale de cannabis, qui a montré des résultats particulièrement intéressants dans le traitement du cancer du sein. Un terroir qui pourrait changer la donne.

 

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