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Au Club des Haschischins, on expérimentait les effets du cannabis

Plus de 150 ans après son existence, le Club des Haschischins reste dans les mémoires. Notamment parce que s’y sont côtoyées certaines des personnalités les plus en vue du milieu du XIXe siècle, des artistes surtout, comme les peintres Eugène Delacroix ou Honoré Daumier, l’écrivain Honoré de Balzac, ou encore les poètes Charles Baudelaire et Théophile Gautier. Mais que faisait-on dans ce fameux Club des Haschischins ? À une époque où l’esthétique du voyage était de mode, souvent sous la forme d’une quête initiatique, comme Stendhal à Rome, certains ont souhaité découvrir des voyages plus… imaginaires.

Moreau de Tours fonde le Club des Haschischins en 1844

C’est le docteur Jacques-Joseph Moreau de Tours, qui crée à Paris en 1844 le Club des Haschischins. Au gré de ses voyages en Égypte, en Syrie et en Asie Mineure, il expérimente le cannabis, lui qui est spécialisé dans l’aliénation. Le tout dans un contexte où l’opium et le haschich se répandent en Europe, et en particulier dans les milieux littéraires et scientifiques, quelques années après la parution des Confessions d’un mangeur d’opium anglais de Thomas de Quincey. Moreau de Tours convie donc à Paris, dans l’hôtel de Pimovan, ses contemporains pour des séances mensuelles, où l’on consomme de l’opium mais surtout du haschich, sous prétexte de curiosité esthétique et d’observation pseudo-scientifique.

De 1844 à 1849, Moreau de Tours invitera donc de nombreuses personnalités à faire l’expérience de certaines drogues, dont le poète Théophile Gautier, l’un des premiers à faire partie de ce cercle. Il écrira plus tard Le Club des Haschischins, dont l’introduction raconte son invitation au club.

« Un soir de décembre, obéissant à une convocation mystérieuse, rédigée en termes énigmatiques compris des affiliés, inintelligibles pour d’autres, j’arrivai dans un quartier lointain, espèce d’oasis de solitude au milieu de Paris, que le fleuve, en l’entourant de ses deux bras, semble défendre contre les empiètements de la civilisation, car c’était dans une vieille maison de l’île Saint-Louis, l’hôtel Pimodan, bâti par Lauzun, que le club bizarre dont je faisais partie depuis peu tenait ses séances mensuelles, où j’allais assister pour la première fois. »

Théophile Gautier, Revue des deux mondes, février 1846.

Les premières expériences de Théophile Gautier

Mais un peu plus tôt, dès juillet 1843, paraît dans La Presse un article de Théophile Gautier titré « Le Hachisch », dans lequel le poète raconte sa toute première expérience avec le cannabis.

Il évoque notamment sous quelle forme il est consommé au sein du Club des Haschischins. « Le hachisch est un extrait de la fleur de chanvre, que l’on fait cuire avec du beurre, des pistaches, des amandes et du miel, de manière à former une espèce de confiture assez ressemblante à la pâte d’abricot, et d’un goût qui n’est pas désagréable. C’était du hachisch que faisait manger le Vieux de la Montagne aux exécuteurs des meurtres qu’il commandait, et c’est de là que vient le mot assassin, hachachin (mangeur du hachisch). »

Comment manger cette pâte ? « La dose d’une cuillerée suffit aux gens qui n’ont pas l’habitude de ce régal de vrai croyant. L’on arrose le hachisch de quelques petites tasses de café sans sucre à la manière arabe, et puis l’on se met à table comme à l’ordinaire, car l’esprit du chanvre n’agit qu’au bout de quelque temps. »

Viennent alors les premières observations entre les murs du Club des Haschischins : « Le Dr X., qui a fait de longs voyages en Orient, et qui est un déterminé mangeur de hachisch, fut pris le premier ; en ayant absorbé une plus forte dose que nous, il voyait des étoiles dans son assiette, et le firmament au fond de la soupière ; puis il tourna le nez contre le mur, parlant tout seul, riant aux éclats, les yeux illuminés, et dans une jubilation profonde. »

« J’entendais le bruit des couleurs »

Un peu plus tard, c’est au tour de Théophile Gautier de ressentir lui aussi les effets de ce que les convives appellent le dawamesk. « Au bout de quelques minutes, un engourdissement général m’envahit. Il me sembla que mon corps se dissolvait et devenait transparent, je voyais très nettement dans ma poitrine le hachisch que j’avais mangé, sous la forme d’une émeraude d’où s’échappaient des millions de petites étincelles. Les cils de mes yeux s’allongeaient indéfiniment, s’enroulant comme des fils d’or sur de petits rouets. »

« Je voyais encore mes camarades à certains instants, mais défigurés, moitié hommes, moitié plantes, avec des airs pensifs d’ibis, debout sur une patte d’autruche, battant des ailes, si étranges que je me tordais de rire dans mon coin (…) L’un de ces messieurs m’adressa en italien un discours que le hachisch, par sa toute-puissance, me transposa en espagnol. »

Les effets se calment, puis reviennent, différents. « Mon ouïe s’était prodigieusement développée : j’entendais le bruit des couleurs. Des sons verts, rouges, bleus, jaunes, m’arrivaient par ondes parfaitement distinctes. Un verre renversé, un craquement de fauteuil, un mot prononcé bas, vibraient et retentissaient en moi comme des roulements de tonnerre. »

« Caprimulges, coquecigrues, oysons bridés, licornes, griffons, cochemards »…

Dans un troisième accès, Théophile Gautier pense devenir fou. Il voit des « caprimulges, coquecigrues, oysons bridés, licornes, griffons, cochemards », c’est-à-dire « toute la ménagerie des rêves monstrueux [qui] trottait, sautillait, voletait, glapissait par la chambre ». Il est pris de l’envie de les dessiner. « Grâce au hachisch, j’ai pu faire d’après nature le portrait d’un farfadet. Jusqu’à présent, je les entendais seulement geindre et remuer la nuit, dans mon vieux buffet. »

Une puissante première expérience au Club des Haschischins, « mais voilà bien assez de folies. Pour raconter tout entière une hallucination du hachisch, il faudrait un gros volume, et un simple feuilletoniste ne peut se permettre de recommencer « l’Apocalypse » », conclut le poète. La fin d’une première fantasia, comme ont été appelées ces séances du Club des Haschischins par les participants. Et on comprend pourquoi !

 

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