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Hildegarde de Bingen et son usage du chanvre au Moyen-Âge [GREENEWZ]

Hildegarde de Bingen

Hildegarde de Bingen et son usage du chanvre au Moyen-Âge

L’utilisation de la plante appelée communément cannabis n’est pas récente. Et Hildegarde de Bingen, moniale et abbesse (mais pas seulement) allemande du XIIe, a participé à donner au chanvre ses lettres de noblesse. Si la plante est connue depuis déjà des millénaires, les écrits de Hildegarde de Bingen vont servir de référence en la matière pendant longtemps.

Ses connaissances botaniques, médicales, mais aussi sa forte spiritualité accompagnée de sa part de mystique nous permettent de mieux comprendre comment et pourquoi le cannabis était utilisé au Moyen-Âge, le tout étant consigné dans une de ses oeuvres majeures : Physica ou De la nature.

Qui est Hildegarde de Bingen ?

Hildegarde de Bingen est une personnalité singulière de l’Église catholique. Elle naît vers 1098 dans l’actuelle Hesse, au coeur de l’Allemagne d’aujourd’hui. Dixième enfant d’une famille noble, elle fut, dès sa naissance, vouée au service de Dieu par ses parents. Elle « fut offerte à l’état religieux » à huit ans, et reçoit le voile à 14 ou 15 ans. En 1136, elle est élue abbesse du monastère de Disibodenberg, avant de fonder l’abbaye de Rupertsberg entre 1147 et 1150.

Dès son plus jeune âge, Hildegarde de Bingen est prise de visions. « Dans la troisième année de mon âge, j’ai vu une telle lumière que mon âme en a été ébranlée, mais à cause de mon enfance je n’ai rien pu en dire », écrit-elle. Plutôt réticent au sujet des femmes visionnaires, la papauté reconnait néanmoins les dons de cette « véritable mystique », grâce notamment à l’appui de Bernard de Clairvaux.

L’oeuvre de Hildegarde

« Femme cultivée, spirituellement élevée et capable d’affronter avec compétence les aspects liés à l’organisation de la vie » d’une abbaye, Hildegarde de Bingen profite de son savoir, de sa position et de ses visions pour rédiger de nombreuses oeuvres, notamment théologiques.

Mais ses écrits sont très variés : poésie, musique, médecine… L’abbesse aborde alors bien des thématiques. « Tout ce que j’ai écrit en effet lors de mes premières visions, tout le savoir que j’ai acquis par la suite, c’est aux mystères des cieux que je le dois (…) Ma vision, ce sont les yeux intérieurs de mon esprit, et les oreilles intérieures qui me l’ont transmise », explique-t-elle.

Le chanvre dans Physica

Voyante et guérisseuse, Hildegarde de Bingen est considérée comme la première naturaliste d’Allemagne. Elle étudie la nature et la médecine grâce à d’anciens récits savants, des coutumes populaires et sa propre expérience. Les jardins du monastère lui donnent un accès direct aux plantes. Elle réunit ce savoir dans Physica, une compilation de description de plus de 300 plantes et de dizaines d’animaux. Ses écrits ont des visées thérapeutiques, Hildegarde décrit donc les effets des plantes sur le corps humain.

Et le cannabis a toute sa place. Elle dit notamment de sa graine qu’elle « contient la santé et, pour les gens en bonne santé, le chanvre constitue une saine nourriture ; dans l’estomac, il est léger et utile, parce qu’il diminue quelque peu les écoulements d’humeurs, et on peut le digérer facilement, et il diminue les humeurs mauvaises et renforce les bonnes ».

Une bandelette de chanvre est excellente pour panser les ulcères et les plaies.

Elle ajoute : « À celui qui a la tête en bonne santé et le cerveau plein, il ne fait point de mal ». Autre conseil ? « Une bandelette de chanvre est excellente pour panser les ulcères et les plaies, parce qu’il y a en elle une chaleur modérée ». Il « réconforte et remet en place » l’estomac si on l’utilise sur le ventre dans un linge chaud. Mais attention, « si on a la tête fatiguée et le cerveau vide, et que l’on mange du chanvre, celui-ci provoquera facilement une légère douleur dans la tête ».

Sainte Hildegarde de Bingen

Maux de ventre, de tête… Les écrits de Hildegarde de Bingen nous renseignent sur les pratiques du Moyen-Âge, dont l’usage du cannabis que l’on retrouverait dans les jardins médicinaux des monastères. La vie bien remplie de cette femme unique prend fin en 1179. Mais elle sera canonisée et nommée Docteur de l’Église en 2012, par le pape Benoît XVI.

 

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Le chanvre au Moyen-Âge, jalon d’un tournant de l’Histoire

Le chanvre au Moyen-Âge

Le chanvre au Moyen-Âge, jalon d’un tournant de l’Histoire

Le chanvre au Moyen-Âge a une histoire très dense. Cette plante accompagne, depuis plusieurs millénaires, l’être humain et participe à son évolution. On a récemment découvert que le cannabis nous est connu depuis bien plus longtemps qu’on ne le croyait. Une histoire si ancienne qu’elle nous emmènerait 12 000 ans dans le passé, date désormais fortement présumée de sa domestication par l’homme. Au Moyen-Âge, c’est-à-dire pour simplifier, entre 500 et 1500 après JC, le chanvre et le cannabis s’imposent en France, sur le continent européen, mais pas seulement. L’influence de l’Asie sur la péninsule arabique amène de nouveaux savoirs et des innovations adoptées en Occident. Artisanat, économie, santé, commerce… Les domaines où on croise le chanvre au Moyen-Âge sont nombreux. Retraçons ensemble mille ans d’une période considérée à tort comme un « âge médiocre », qui fut un tournant de l’Histoire. Et le cannabis n’y est pas pour rien !

Un bref rappel historique

Chinois, Égyptiens, Scythes, Grecs, Romains… De l’Asie à l’Europe, le chanvre a traversé les siècles et les régions du monde. On le cultive pour ses fleurs, ses graines, ses fibres. L’historien grec Hérodote, en 450 avant JC, l’évoque pour son usage textile, notamment chez les Scythes. Ainsi, on comprend que la diffusion du cannabis s’est faite de l’Est vers l’Ouest. C’est d’ailleurs en Asie centrale qu’on place désormais l’origine de la plante. L’Occident, de son côté, a très vite compris les capacités et l’utilité du chanvre. On retrouve des preuves de son emploi chez les peuples germaniques au début de l’Antiquité. Principalement pour la fabrication de vêtements ou de cordage. Et, bien sûr, les Romains ne sont pas en reste. Pline L’Ancien (né en 23, mort en 79), dans son Histoire Naturelle, donne de précieux conseils sur la culture du chanvre.

Le chanvre au Moyen-Âge : une riche histoire

Est-ce par le biais de Rome que la culture du chanvre a fait son apparition en Gaule, au sein de la future France ? Pas tout à fait. On sait qu’au IIe siècle, les Romains introduisent sa culture en Gaule, avec également le seigle, la vesce ou la gesse. Cependant, des découvertes archéologiques dans le Sud de la France indiquent que la culture du chanvre en Gaule existait avant la romanisation. Il est pourtant probable que l’organisation romaine de l’espace ait grandement contribué à une présence plus massive du chanvre dans les cultures. D’ailleurs, du déclin et de la chute de l’Empire Romain, entre les IIIe et Ve siècles, à l’émergence des empires, monarchies et principautés locaux européens, et une vraie résurgence du chanvre au début du IXe siècle, celui-ci n’a pas été oublié.

Charlemagne relance la culture du chanvre au Moyen-Âge

La barbe de Charlemagne était fleurie comme le dit la légende. De fleurs de CBD ? Sans doute pas, mais on aime à le penser ! C’est plutôt en signe de sagesse que cette célèbre figure historique a été affublée de ce surnom. Il semble que cela soit d’ailleurs à lui que l’on doit la mise en place d’une culture importante du chanvre à la fin du premier tiers du Moyen-Âge. Vers 800, Charlemagne émet le Capitulaire de Villis, un acte législatif destiné à ses gouverneurs locaux. Le texte contient des ordres ou des recommandations. Mais également la liste d’une centaines de plantes dont la culture est conseillée. On peut d’ailleurs lire : « Quid de lana, lino, vel canava ». Autrement dit, « qu’en est-il de la laine, du lin et du chanvre ? » Pour le roi des Francs et futur empereur, le chanvre est une plante stratégique.

Le chanvre laisse son empreinte en France

Et ce pour plusieurs raisons. Textile, cordage, voilerie… À une époque où le coton est encore inconnu en Occident, le chanvre se révèle être une plante particulièrement utile. Sa fibre est un véritable gage de prospérité. Et sa culture se développe au point qu’on en trouve encore les traces dans les noms de certains lieux. Par exemple, à la fin du Moyen-Âge, à Marseille, une zone de la cité était destinée à la production de chanvre. Elle fournira les corderies et voileries marseillaises. Elle prendra plus tard, au XVIIe siècle, le nom de Canebière. Un toponyme qui vient tout simplement du provençal canebe, signifiant cannabis. La ville était alors l’un des ports chanvriers les plus importants au monde.

Plus au Nord, les cultures de chanvre prennent le nom de « chennevières ». Une appellation tirée elle-aussi du latin cannabis. Aujourd’hui, on appelle chènevis les graines de chanvre, dont on tire notamment de l’huile. Au Moyen-Âge, ces « chennevières » du Nord-Est de la France servent également la batellerie avec cordages et voiles. Et elles laissent une marque dans le paysage. Dans le Val-de-Marne, la ville de Chennevières-sur-Marne en est la preuve. Son nom apparaît pour la première fois dans des textes du XIIe siècle, tout simplement en raison de la forte production de chanvre de la région. En effet, péniches et bateaux plats mouillaient sur la Marne à Chennevières. D’où un fort besoin de fibres de chanvre, corderies et voileries, qui plus est sur un important axe commercial fluvial. Aujourd’hui, les habitants de Chennevières-sur-Marne s’appellent les Canavérois et des feuilles de chanvre figurent sur le blason de la ville.

Blason de Chennevières-sur-Marne

Ailleurs aussi, au Moyen-Âge, le chanvre s’impose…

Au-delà du continent européen, le chanvre est omniprésent au Moyen-Âge. À la fin du IXe siècle, Rhazès, médecin persan, décrit l’action du cannabis et son potentiel thérapeutique. Le monde arabe également s’y intéresse de près et diffuse son savoir. On se penche notamment sur les effets de cette plante sur l’organisme humain, ses vertus médicinales. Les savants musulmans et la présence arabe dans le Sud de l’Europe (du VIIe jusqu’au XVe siècle) participent à la popularité du chanvre, y compris dans la sphère chrétienne. On y traduit les écrits arabes en latin. L’abbesse allemande Hildegarde de Bingen (1098-1179) cultive dans le jardin de son couvent une plante au nom de cannabus, contre les nausées et les maux d’estomac. Des plans de jardins de monastères témoignent également de la culture d’un chanvre plus médicinal qu’industriel.

Enfin, n’oublions pas les écrits de Marco Polo, marchand vénitien célèbre pour ses voyages. Au XIIIe siècle, il relate les récits qu’il entend au Moyen-Orient. Notamment celui relatant la vie d’Hassan Ibn al-Sabbah, de sa forteresse d’Alamût et de son ordre guerrier. Des guerriers au sujet desquels, Marco Polo parle de « certain breuvaige à boire, par le moyen duquel ilz estoient incontinent troublez de leur esperit, & venoient à dormir profondément ». Il n’en faudra pas plus pour que des auteurs des XIXe et XXe siècles s’en emparent et créent la fameuse légende des guerriers haschischins, qui aurait donné le terme « assassin ».

« Des haschischins semblables à ceux qui, du haut des tours d’Alamoun, au signe du chef, se précipitaient dans le vide. »

Théophile Gautier, Le Club des Haschischins, 1846.

Les savants arabes, point de départ d’un tournant en Europe

Mais les savants arabes n’ont pas seulement décrit, analysé, étudié les effets du chanvre. Eux aussi ont de nombreuses connaissances sur ses usages en terme d’artisanat. Dès le VIIIe siècle, ils apprennent de prisonniers de guerre chinois les secrets de fabrication du papier, à la suite de la bataille du Talas (751). L’écorce de mûrier et la fibre de chanvre en sont les deux matériaux de base. Cette technique se perfectionne alors et sert à la diffusion de nombreux manuscrits, dont le Coran, ainsi que des textes scientifiques, philosophiques ou littéraires. Dans le monde chrétien, l’écriture va continuer à se faire sur des parchemins en matière animale, notamment le vélin. Mais petit à petit, le papier de chanvre se développe, jusqu’à faire date.

On donne souvent la date de 1492 et la « découverte » de l’Amérique comme la fin du Moyen-Âge et le début de la Renaissance. Mais le basculement d’une ère à l’autre s’est fait petit à petit et une autre date marque l’Histoire. Un peu plus tôt, en 1455, Gutenberg achève la première Bible imprimée en Europe. Sur… du papier de chanvre. Un tournant historique pour les techniques de l’écrit et sa diffusion massive.

Le chanvre participe à la marche de l’Histoire

La fin du XVe siècle est donc déterminante dans notre Histoire et le chanvre y prend une place importante. Les deux événements de l’époque reconnus aujourd’hui comme des tournants doivent beaucoup au chanvre. Côté Gutenberg pour le papier de ses Bibles imprimées. Côté Christophe Colomb pour les voiles qui équipent ses caravelles faisant route vers les Indes. En effet, la voilerie des navires de Colomb provient alors de France. Et plus précisément de Locronan. La cité finistérienne prospère grâce à sa manufacture. Elle produit voiles, cordages et gréements pour les flottes les plus puissantes d’Europe, notamment l’Invincible Armada de Philippe II d’Espagne. Un véritable âge d’or pour le chanvre. Et une bénédiction au Moyen-Âge.